ROSA – LE TEMPS SUSPENDU

DU 22 JUIN AU 29 SEPTEMBRE 2018

Présentation de l’exposition

RÉALITÉ DU SONGE
« Puis nous sommes allés jusqu’à la fontaine qui est consacrée aux nymphes, et nous avons jeté la coupe dans le courant, avec des tiges de giroflées. »
Chez Rosa vous n’apercevrez pas, ou très fugacement, les diaphanes silhouettes de ces créatures au teint de lait, mais vous percevrez la musique de leurs sandales légères. Elles sont là, célébrées par le chant d’une végétation amoureuse de la lumière, bercées dans la fraîcheur des vallons, portées par l’écho d’un concert de tympanons et de flûtes de roseau. L’artiste met en couleurs et en odeurs le royaume des hamadryades chanté par Bilitis.
Libres jardins affranchis, baignés par le bleu des nuits gemmifères, immortalisés par Pierre Louÿs : autant de jungles domestiques, savantes proliférations arcadiennes, dont le peintre à son tour nous ouvre les flagrants mystères. C’est l’émerveillement d’un jour sans fin et si profond qu’il entre dans nos yeux, tout autant qu’un bonheur, intuition de l’éternité.
La touche possède la légèreté des matins d’été et la fermeté de leurs promesses au zénith lorsque les couleurs saturées de soleil s’y confondent en subtiles vibrations. Tout l’art de cette peinture est d’en saisir la sensualité profuse, les ruissellements aromatiques, d’en sanctifier les noces chromatiques. La peinture de Rosa n’a d’autres horizons que l’haleine parfumée du cortège des champs et des bois. Le geste artistique s’apparente à un toucher musicien, fleuri, sapide, ductile comme une onde. Il s’installe dans l’insistance et la conviction. Il affirme à la fois la précision du dessein de l’artiste et la suavité diffuse du dessin dans sa détermination à inviter le regard sur le fil d’une objectivation de l’indéterminé.

Car le grand art de cette plasticienne est de nommer ce qui reste à venir et d’en apprivoiser les rémanences, de paraître en fixer la nature pour en mieux confondre les intentions. « Il faut toujours rechercher le désir de la ligne, le point où elle veut entrer ou mourir » disait Matisse. Ici la ligne est tout aussi faite de formes et de couleurs qui  se légitiment et mutuellement se surprennent, qu’elle est défaite dans ses rapports à l’environnement qui l’installe dans une féconde instabilité. Native et mouvante, la forme chez Rosa s’étonne, comme réfléchie par les reflets d’une savante fluidité.

La matière picturale même, dans son traitement et la gestion de sa syntaxe harmonique nous affranchissent des servitudes du monde objectif. La peinture de Rosa est un perpetuum mobile entre la réalité du songe et le songe de la réalité. La révélation de la nature objet de l’art, au sens bergsonien, joue ici d’ambivalence en passant par le végétal que le peintre met en scène et nous invite à dépasser pour retrouver notre humaine nature. Son œuvre illustre la métanoïa grecque, ce renversement de la pensée qui nous ouvre sur un au-delà dépassant la représentation. Mais à ce détail près qu’elle ne coupe jamais tout-à-fait les ponts avec le monde réel.

« Dès que la nuit monte au ciel, le monde est à nous, et aux dieux. Nous allons des champs à la source, des bois obscurs aux clairières, où nous mènent nos pieds nus », chante encore Bilitis.

Roland Duclos

Quelques oeuvres (cliquez sur les vignettes pour les agrandir)

ROSA – LE TEMPS SUSPENDU