Jean Rudel – Présences et secrets

DU 18 OCTOBRE AU 30 NOVEMBRE 2013

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Catalogue de l’exposition

rudel_expo_couv_1 Catalogue en ligne de l’exposition
Prix de vente du catalogue : 13€

Présentation de l’exposition

Je ne cherche pas à être « dans le vent » – lequel ? Ni à peindre « pour ou contre ». J’offre seulement des images de silence pour qui, avec elles, veut découvrir une certaine beauté du monde selon son propre secret. Jean Rudel

Exposition réalisée grâce au concours de Marie-Hélène Rudel et du Musée du Patrimoine J-A Rudel de la Ville de Palavas-les-Flots.
« Lorsque je peins, je me raconte des histoires » (Jean AUJAME 1905-1965)

Emotion, plaisir, souvenirs me reviennent intensément avec la préparation de l’exposition Jean RUDEL que l’AMAC propose du 18 octobre au 30 Novembre 2013 à Chamalières. Jean RUDEL est mon père. Il s’en est allé arpenter l’inconnu en Avril 2008, à l’âge de 90 ans, vaincu par un AVC. Dans sa chambre d’hôpital, il continuait à peindre et à dessiner, dans l’invisible, avec vigueur et bonheur, étonné que je lui demande quelle couleur il était en train de poser, comme si ça ne se voyait pas !

Avant de partir, il m’avait confié l’œuvre de sa vie, près de 60 ans de peintures, de dessins, d’écritures, de poèmes.

Enfant, et jusqu’à mon départ de la maison familiale pour être comédienne, j’ai toujours vécu, par lui, au contact de la peinture. Son atelier se trouvait à côté de ma chambre, au premier étage de notre maison. Je buvais ses gestes, lorsqu’il posait ses couleurs et j’ai même repeint avec mes petites mains de trois ans, une belle jupe rouge fraichement achevée par lui ! J’aimais le voir mélanger les couleurs, manier le fusain et la sanguine avec sa belle dextérité. Je fus aussi parfois son modèle, bébé, petite fille et adolescente.

Son père, Jean-Aristide RUDEL, était lui-même peintre et enseignait le dessin aux Beaux-Arts de Montpellier. Nous le retrouvions pour les vacances et dormions, mon frère aîné et moi, sous la protection bienveillante de dizaines de tableaux. Il a tout naturellement initié son fils à la peinture et au dessin. Et aujourd’hui je suis très heureuse de retrouver leurs œuvres côte à côte au Musée J.A. RUDEL de Palavas-les-Flots.

L’œuvre de mon père m’a toujours été familière, et je l’ai vue évoluer au cours des années. Tout d’abord sensuelle et très colorée dans les années 50, avec pour sujets préférés les rivages des étangs et de la mer Méditerranée, et puis toujours les femmes sublimes.

Il y eut des années plus sombres, mélancoliques avec d’autres formes et une autre palette, puis le grand chambardement de 1968 qui fit exploser les valeurs conventionnelles et souffler un grand vent de recherche et de liberté. Mon père naviguait dans tout cela avec le refus d’ une certaine mode, donnant vie à un univers très personnel de poésie, de mythologie et de célébration d’une femme déesse, entre figuration fantastique et formes abstraites. Les grandes figures de la spiritualité chrétienne l’inspiraient aussi, depuis ses premières œuvres en captivité pendant la guerre jusqu’à ses réalisations pour quelques églises du Sud de la France, certaines héroïnes juives de la Bible et plus tardivement sa rencontre avec le Tantrisme. Spécialiste de la Renaissance Italienne, il poursuivait son travail de professeur à Paris 1, très dévoué à ses étudiants. Il m’a fait partager son amour de cette période au cours de voyages en Italie où nous l’accompagnions en famille. J’ai fait partie également des « petites mains » pour le traitement de texte de sa thèse sur le Quattrocento, bien avant l’arrivée de l’ordinateur.

Dans les années 60, il créa à St Germain-en-Laye, les Ateliers d’Art de la Ville pour les adultes et je repris, quelques années après, les ateliers pour les enfants. Cela me conduisit à faire une formation en Art-thérapie à Paris V, avec un Mémoire sur la peinture des enfants en ateliers. Je créai ensuite les ateliers Conte et Arts plastiques, pour les enfants à partir de 4 ans, où je racontais une histoire avant le travail en Arts Plastiques. J’ai pu ainsi transmettre l’amour de la peinture et des Arts Plastiques que j’ai reçu moi-même dans ma petite enfance. En retour, j’ai vu tout l’émerveillement, la joie pure, que provoque la peinture chez le petit être humain et comment elle accompagne son développement.

J’ai peint moi-même et participé à plusieurs expositions avec les vifs encouragements de mon père, mais j’ai interrompu cette aventure pour plusieurs raisons, dont l’une est l’encombrement inouï que provoque l’accumulation des tableaux au fil des années !

Aujourd’hui l’œuvre de mon père est close, sa nouvelle vie commence pour les siècles à venir et je suis très fière et émue de contribuer à la faire connaître.

Marie-Hélène Rudel.

CONFIDENCES D UN MODÈLE POUR SON MAITRE par Fabienne TRONCHE-BÉZY

…Au fil de nos rencontres, vous m’avez apprivoisée totalement jusqu’au jour où vous m’avez proposé de poser pour vous dans votre atelier de Saint Germain en Laye. Naturellement avec talent et poésie, je ne pouvais qu’accepter. Le cœur battant mais déterminée, je prenais le train très tôt pour être chez vous dans la matinée et revenir à ma vie le soir en fin de journée, autrement. Les étapes de la confiance ont été douces et progressives, le temps n’avait pas la même saveur, je vivais un autre monde, une parenthèse ; j’étais heureuse. Cette expérience m’a donné confiance en mon propre corps et j’ai voyagé avec vous cher maître dans un temps indéfinissable exceptionnel. C’était être belle, être regardée avec les yeux de la confiance, avec les mains et la pensée de l’artiste. Le bruit sec du fusain sur le papier, le temps arrêté dans un autre monde …je me retrouvais au plus pur de mon être. « Dessiner c’est caresser, caresser c’est dessiner » me disiez-vous dans une langue magique comme un jeu amoureux et poétique qui fait la qualité des instants rares. La vérité était là, indispensable, unique, il me fallait la saisir. Je repartais à la gare, légère et remplie de cette confiance en mon corps que seul, cher maître vous m’aviez révélée.

2005 EXPOSITION PAUL VERONESE au Luxembourg

Après 26 ans d’amitié qui ont suivi ma formation d’étudiante auprès de vous, l’occasion m ‘était enfin donnée d’avoir mon maître pour moi seule dans le temps artistique d’une exposition exceptionnelle. Voir la peinture de la Renaissance avec vos yeux c’était damnant. Je me faisais légère et douce à votre bras. Je voyais par vos yeux savants l’esprit de la couleur, comment il fallait saisir les gris, comprendre le secret des lumières ; Véronèse avait joué des teintes pour enchanter les regards ; aucuns gris n’étaient gris, les verts, les bleus, les ors se mélangeaient aux tons neutres pour faire vibrer l’éclatante palette. La musique de votre voix si belle, si émouvante qu’elle m’en donne encore la chair de poule, est en moi à tout jamais gravée. Cette voix unique ensoleillée et chaude qui roulait des cailloux au fond d’une gorge sensuelle et masculine ; comment puis-je l’oublier. Jai vécu un grand moment cher maître et je n’ai vu que vous, écrasant, magnifique au milieu de cette peinture vénitienne. J’ai à peine remarqué cette autre jeune femme qui nous épiait depuis le début et qui écoutait saintement vos commentaires à moi seule destinés. Elle s’est approchée en silence, vous a remercié et a disparu sans bruit.

Je suis restée encore un peu savourant l’instant magique.

Quelques oeuvres (cliquez sur les vignettes pour les agrandir)

Jean Rudel – Présences et secrets