DU 16 MAI 2002 AU 29 JUIN 2002
Catalogue de l’exposition
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Catalogue de l’exposition Prix de vente du catalogue : 13€ |
Présentation de l’exposition
L’art de Segui est toujours une expression simultanée où la vie même s’accomplit dans le désir du possible comme de l’impossible. Il met directement à notre portée ce monde qui vient des continents les plus lointains ou tout simplement de cet autre monde qui est de l’autre côté de chacun de nous. Ainsi donne-t-il au moindre détail capté, à l’apparence de l’accidentel, un aspect surnaturel et c’est là qu’intervient l’extraordinaire technique qu’il s’est élaborée ( …. ) qui lui permet de transformer comme en se jouant la nuit en jour, le jour en nuit, l’absence et le vide en obsédantes présences. Un regard nocturne par Jacques Lassaigne
Antonio Segui, et ses histoires peintes
Antonio Segui est né en 1934 en Argentine. Il vit en France depuis 1963. Comme avant lui, Picasso, Max Ernst, Chagall, Hartung et bien d’autres, il est l’un de ces peintres dont l’œuvre est en rapport à la fois avec les traditions de leur pays d’origine et avec le climat intellectuel de la France où ils ont choisi d’habiiter. Non par hasard il évoque, sur son mur peint de Boulogne-sur-Mer, José de San Martin, général et homme politique argentin, héros et libérateur de l’Amérique du Sud (1778-1850), qui, après avoir renoncé à tout pouvoir, vécut en Hollande, puis en France et mourut à Boulogne …
Peintre au double enracinement, Antonio Segui s’intéresse à San Martin, héros qui s’éloigne du continent qu’il a contribué à libérer … Il n’aime guère les théories dont certains veulent encombrer la peinture. A juste titre, il pense que ses œuvres n’en ont pas besoin, qu’elles ne demandent pas d’explication, de grand discours, d’exégèse. Elles naissent du plaisir de peindre, du désir aussi de raconter des histoires plus ou moins compliquées, plus ou moins ambiguës et incertaines. Elles n’imposent pas une lecture unique. Elles constituent plutôt, pour chaque spectateur, des germes de récits, des incitations à des rêveries individuelles. Elles s’apparentent souvent aux images populaires d’Amérique du Sud et parfois en adoptent la technique (aquarelle sur le noir intense de la gravure). Elles manifestent l’humour mêlé de tendresse et de colère, que l’on trouve aussi dans les contes et récits, petits mythes et faits divers qui se racontent dans les rues de Buenos Aires et de Cordoba où est né Segui : mythologies urbaines. Comme l’écrivain argentin Jorge Luis Borges, Segui nous fait parfois rencontrer les » compatriotes « , les héros des faubourgs, dont tangos et milongas chantent les prouesses. Ils ont « sur le visage émacié d’anciennes cicatrices, dans le cœur la vengeance prête à se déchaîner, et dans l’œil noir l’acier brillant du poignard … » Dans ses tableaux, les actions se multiplient. On court. On saute sur des chaises pour fuir les rats
» rongeurs de pieds « . Dans les allées des parcs nocturnes, on tend des cordes aux belles couleurs.
On s’épie, caché derrière un buisson ou derrière un mur. Des couureurs lorgnent des femmes, devant des arbres dont les feuillages prennent des allures de peau de léopard. Des voyous organisent un déjeuner sur l’herbe. On monte sur une terrasse pour éteindre le feu de la maison d’en face … Ou bien (en 1970) devant un mur de briques construit au milieu du désert, un chameau grand comme un chien se dirige vers un homme coiffé d’un feutre mou … L’espion 007 (en 1966), la cravate dressée, ayant trois yeux pour mieux nous surveiller, court autour de sa chambre, parmi des chaussures vides. Dans une autre chambre, un homme sans tête se précipite vers une énorme femme nue et trébuche sur un chien. Dans une autre encore, une femme sans bras va prendre le thé avec un homme (Te para dos: thé pour deux) … Dans la jungle ou devant un village un très vieil éléphant ridé rencontre un adjudant en casquette. Ailleurs, le Senor Ramon, avec ses trois yeux, danse le tango. Ou encore (sur un mur de Boulogne-sur-Mer), le héros San Martin marche sur l’océan et, monté sur un demi-cheval, traverse la Cordillère des Andes ..
Dans le petit monde (cocasse, parfois cruel, souvent tendre) que constitue chaque tableau, les individus ne cessent de se désirer, de se poursuivre, de se battre ou de s’aimer. Cest au spectateur de construire sont récit. Vers 1967, certaines œuvres de Segui ont pour titre ce conseil: A vous de faire l’histoire.
Gilbert Lascault Texte paru dans le catalogue Présence Contemporaine 1985
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Contact :
Site internet : www.antonio-segui.com