André Veillas

DU 17 JANVIER 2002 AU 9 MARS 2002/h3>
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Catalogue de l’exposition

catalogue_veillas Catalogue de l’exposition : « Œuvres peintes »
Prix de vente du catalogue : épuisé

Présentation de l’exposition

 » L’oeil suit dans l’oeuvre le chemin qui lui est tracé « . Paul Klee

La leçon d’atelier

Faut-il le dire sans fâcher des habitués du commentaire pesant, des habiles de la parole feinte pour ce qui est de manier par le verbe la chose peinte ? André Veillas travaille ses couleurs qu’il contient avec des traits, des cadres, d’autres couleurs selon une ligne de rivage qui donne sens là où d’obstinés veulent rencontrer de la signification, des signifiants d’une abondante critique démonstrative. En vain, André Veillas peint à l’opposé de ce qui peut se dire et surtout s’écrire dans le silence sans contradiction des mots imprimés: prenons garde à ne pas percer des brocarts et des, orfrois du verbe.

Il se fait connaître à nous comme une rumeur précède la renommmée, par plusieurs voix dont aucune ne l’emporte sur les autres. Viennent-elles du cœur ? De la raison nous
rassure-t’il : la métaphysique ne trône pas dans son atelier. Par d’invisibles coutures, conduites aux heures où la lumière se fait rare, il passe d’un ancien métier à son art de peindre avec le même talent scrupuleux, s’exerçant à la même peine d’assembleur d’étoffes et de tisseur de toiles, peintes ou cousues, brocardant le mystère d’une broderie imaginaire au revers invisible de l’œuvre, à l’envers de la toile, la face cachée du tableau.

L’homme s’expose peu. Son secret d’atelier lui suffit. Sa géniale malice est là : exposer lors d’invitations de qualité pour garder loin des regards profanes les visites indiscrètes de l’atelier que bien peu méritent faute de cette simplicité qui permet d’aborder le talent au naturel.

Il laisse à d’autres talents les mythologies bourbonnaises, si souvent mises en scène au point que nous les évitons, comme l’on fait des gens heureux et pimpants sur les terrasses d’apparat des demeures de tradition. Il nous fait grâce du trop de couleur, du ciel invariable, des lueurs d’orages sur les fleurs, des illuminations du soir d’automne sur des fruits, des clartés polaires des nuages qui voyagent, des matins froids bleus ou blancs, de l’Auvergne aussi, cette rustre rentière des neiges, sapinière des solitudes poétiques du silence des idées. Il pourrait nous délassser à jamais du trop vu parfois si mal perçu. Il n’en est rien: le tableau abouti et non abandonné n’outrage personne. Il n’enlève rien aux autres. Il nous livre l’essentiel: ce qui nous échappe faute de recherches et d’inventions. Si la peinture peut être une figuration à plusieurs qui prétendrait rendre visite une émotion oubliée voire cachée, André Veillas, dénué de redondances métapsychiques, nous oppose un travail d’homme plus intuitif que contemplatif, un travail de faiseur plus que de fabuliste, un rêve d’artisan, plus qu’une rêverie d’artiste, une opération ingénieuse et profonde plutôt qu’une prétendue alchimie des abysses, le vrai et le beau besogné en état de grâce plutôt que le sublime et le faux d’une âme alanguie.

Accueillant aux regards de ceux qui le viennent visiter, il n’a pas la lourdeur d’indiquer au plus jeune un chemin, à l’amateur une voie, au critique un silence courtois, mais à chacun, en ami, une trace qui contient la couleur, cette magicienne sans retenue, Circé dont il faut que l’Ulysse bourbonnais revienne parfois, au moins pour laisser à André Veillas le temps de plaire avec un tableau neuf.

« C’est inexplicable de peindre  »

… ainsi André Veillas définit-il lors d’un entretien récent sa manière de faire ou d’être .

…  » ça mène à autre chose  »

– Silence.

Le versant invisible du réel correspond-il à la figure, ce reflet d’homme pour l’homme?

R-L. L. : André, comment définirais-tu ton travail de peintre ?
 » je ramène le regard au centre « 

« Ce n’est pas une peinture de témoignage. Je ne suis pas pris par le suiet qui n’est pas le centre d’intérêt. Il faut que la surface soit organisée de façon parfaite, que la couleur soit belle, que les valeurs soient bonnes, que le travail aussi de la matière soit parfait; il faut alterner des espaces plus riches, plus denses et des moments de repos pour délasser le regard

Il faut, il faut… l’homme se tait.
D’une voix douce, dans un sourire il laisse tomber cette citation de Paul Klee : « L’œil suit dans l’œuvre le chemin qui lui est tracé … »

Dans la tradition picturale de l’occident, l’éclairage venait de gauche, c’est un centre d’intérêt. L’écriture dicte le sens de toute lecture de la gauche vers la droite. On a tendance à regarder en haut puis ensuite le regard tend à s’abaisser.

Ma recherche se situe au niveau d’un sens particulier de la lecture du tableau. L’œil a tendance à aller plutôt vers les plages claires et à ne considérer qu’ensuite les masses foncées. L’opposition des valeurs foncées et claires constitue le tableau mais c’est le sens de la lecture qui va générer l’intense de l’émotion ressentie par le peintre et qu’il faut transmettre et faire partager. Sur une page blanche un simple point fait un centre d’intérêt. La présence d’un autre point fort contraint le regard à une démarche de reconnaissance. Le spectateur ne doit pas quitter la surface à regarder, ce qui est assez aisé dans les formats carrés si l’on s’en tient à la recherche d’un effet au centre.

Le dessin a quelque chose de mathématique mais la peinture dont j’ai voulu appréhender quelques lois échappe à tout calcul trop minutieux, elle serait plus subjective que le dessin, elle permet de libérer et de développer toutes ses facultés créatrices. C’est cet apprentissage là qui fut mon chemin sans braver des lois qui sont un point de passage obligé du geste de peindre. C’est plus une question d’études et de recherche que de vaines productions.

On peut être toute sa vie médiocre en produisant des œuvres qui n’ont que peu de rapport avec une recherche personnelle.

R-L. L… Un perfectionnement malgré et au-delà de la production … ?

– C’est cela, tout à fait cela … si on savait comme je peine à faire mes tableaux … il ya toujours quelque chose qui m’échappe, un insaisissable qui se dérobe … Je peux passer deux mois sur une toile et plus puis soudain, parfois, j’appelle cela des moments bénis : ça tourne tout en une demi-heure. Nul se sait pourquoi. C’est un mouvement qui dépasse toute l’austérité de la besogne, du travail bien au-delà de l’application …

R-L. L… donc de l’inspiration …

R-L. L André Veillas, les chemins de l’abstraction ne conduisent ils pas vers un ailleurs de nature plus mystérieuse, plus mystique, plus religieuse ?

– Je suis un homme de prière dans le secret de l’atelier … Est-ce que cela se projette inconsciemment dans mon travail ? Je sais que mes toiles exercent un attrait particulier et se prête à une contemplation méditative. Par pudeur ou discrétion cette quête de l’absolu ne s’impose pas à l’extérieur: c’est une démarche tout intérieure que je partageais avec ma femme. Ma foi est une force que je n’impose pas. L’art est un cheminement parmi d’autres.

R-L. L. Mais pourquoi et à quel moment ce premier geste de peindre ?

Ne cédons pas aux explications simples. Je ne peins pas parce que je crois à une transcendance dans ce monde. J’ai commencé par faire une peinture d’artisan, je peignais avec ardeur mettant tout mon coeur à l’ouvrage. Mais cela suffisait-il ? Quel était le pourquoi de ma démarche ? J’avais besoin de mener des recherches de plus en plus profondes …

L’abstrait n’est pas une vibration que le peintre s’acharnerait à immobiliser ni ce versant triste des choses qui se voient. André Veillas esquisse d’un geste d’ordre parmi quelques petits formats choisis pour nous, il immobilise son regard comme les traits épars de l’ébauche jetée sur sa table, énigme égarée parmi le mikado de mille pinceaux. Il se relève sans hâte, le vide est contenu par un regard très doux sur des choses feintes, la couleur se dévoile pour le tableau à révéler à son seul désir et le monde intérieur du peintre se dresse non sans le hasard … dans l’absence du visible échappé à l’art de peindre .

… cela est inexplicable, cela mène à l’autre chose « 

… à l’improbable image, conquise sur l’ennui comme un drapeau sur l’ennemi « 

Propos recueillis dans l’atelier d’André Veillas par R-L. Liris Le 14 juillet 2001

Quelques oeuvres (cliquez sur les vignettes pour les agrandir)

André Veillas