26 JUIN 2009 AU 22 AOÛT 2009
Catalogue de l’exposition
Dépliant disponible à la galerie pendant l’exposition |
Présentation de l’exposition
Au-delà d’une apparente simplicité, le symbole, le rêve, l’imaginaire. Parcourir l’œuvre de Ljubomir Milinkov c’est rencontrer sur des chemins bucoliques un hymne à la Terre et à l’Amour. Si le peintre amoureux fou de la terre sait exalter les dons de la bénéfique Cérès avec pour apanage l’épi de blé, les chevaux et les moutons, il n’omet pas de montrer combien Cybèle sa rivale, source de sensualité, sait inspirer la fougue des jeunes corps. Le tout est mis en œuvre avec un sens magique de l’ordonnance et des couleurs. Fin créateur, il nous conduit avec maîtrise dans le monde où s’accomplit l’essentiel, là où règne l’harmonie ; les lois universelles se transforment en une exaltation de la beauté de la Terre, en une certitude que le destin de l’Homme est celui de l’accomplissement. Avec ces moutons, Milinkov recherche-t-il la perfection du cercle quadriangulaire ?
La douceur en triomphe…..
Qui, avant de voir, se souvient de quoi ? La douceur de délivrer de la couleur de vie sur les êtres et les choses du « grand en-bas » est le don divin de Milinkov : apprivoiser, dans un temps retrouvé, l’ivresse du berger et la liesse de l’antique.
Cette pastorale de Milinkov, la regarder c’est l’entendre, sous un ciel qui s’élève et sur un sol qui se dérobe. Tous les matins, en lumière neuve, le peintre met sur des objets en refus de gravitation les couleurs du cœur plus que celles de la vie ; il sait l’intime familier du chatoiement. L’étrange est dépourvu d’inquiétude. L’énigme est dans la sérénité. Ses tableaux sont des lieux d’abime au sens d’un aimable absolu. Le retour au réel, pour un temps que nul ne calcule mais que le spectateur pratique à son corps défendant, se dérobe à notre plus personnel usage. Telle est cette intrusion inattendue dans la désinvolture des aveugles du sens, des sourds à toute orchestration visuelle. Le peintre voyageur, l’écrivain de l’errance, accomplissent un voyage sentimental, exigeant de leur intimité avec le paysage ou le tableau, une révélation initiatique de la part de moutons éthérés sur une planète de Petit Prince à l’échelle d’une Arcadie sans rivage : le monde réduit à l’île de Pâques !
Dans ce matin neuf de l’art contemplatif, nous voici, sans ombre, indigènes de l’ancienne icône. L’arrogance d’Eiffel réduite aux couleurs du printemps, la Tour En-fleur « Gustave Llubomir », les célébrations victorieuses des fruits de la vie, toutes les symboliques architecturales de l’orgueilleuse Babel, les tours foudroyées de New York enfin, toutes choses humaines en proie au vertige de l’élévation rejoignent un si cordial angélus angélique. La quadrature du cercle carré des moutons est amoureusement résolue par les métamorphoses de l’étreinte humaine. Le carré, ce méchant égalitaire, du cercle fait le don de la douceur ; les moutons dans la circularité des formes adoucies triomphent dans une crèche en rond de l’amour champêtre. A ce banquet de la vie berger et bergère sont en harmonie. En amour c’est le centre qui compte. Ljubomir ne rentre pas tes blancs moutons !
Comment, délaissant la toile, un licier des nuages, donne toute leur magie à des moutons qui flottent au vent comme des sculptures de laine ? La Mère Brebis, Ewe en gaélique, préside à ces transports . Les moutons noirs ou blancs sont les nuages des terres célestes. Apprennent-ils aux artistes, bergers des étoiles, en veille vers le ciel, à voler la lumière ?
Peindre c’est sur une lice tisser les trames du dessin et rendre à la couleur sa fonction de résonance non sans faire entendre le cristallin d’une fêlure, le si ténu d’un mur du son, cette frontière de la vision entendue par certains. Au pays sans frontière de l’étrange visionnaire il faut savoir revenir en retard et invisible. Saturne se sent neuf en sa machine ronde. L’à peine perçu, devient vaisseau fantôme des élus du bleu céleste de Frisco, la mer partout et le bleu sacré de l’air autour. Se taire est-ce si naïf ? Nul n’écrit si nul n’a vu. Les moutons du bon peintre pasteur du temps d’aimer sont quantiques : ils sont et ne sont pas ; c’est le peintre qui les capture sur son cœur. A nous d’aimer : La douceur en balance rythme nos émois dans le domaine béni de Milinkov et des siens : tout est triomphe dans le visible du cœur.
Robert Liris