Liste des expositions à l’AMAC :
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Présentation
« Je suis déguisé en directeur » : c’est ainsi que Serge Hélias, smoking sombre, nœud papillon noir et plastron blanc, se présenta à l’entrée du bal annuel des quat’z’arts, soirée costumée organisée par les étudiants de l’École des Beaux-arts de Clermont-Ferrand, en ce soir d’automne 1973. Élève en troisième année d’études, j’étais chargé par les étudiants organisateurs d’accueillir les professeurs et les personnels administratifs invités à la fête. Serge Hélias venait d’être nommé quelques semaines plus tôt à la tête de l’école. Intimidé, je conduisis Serge Hélias dans la grande salle de réception du château de Chazeron prêtée pour la soirée par les
propriétaires, professeurs à l’École d’architecture de Clermont. Serge Hélias fit quelques pas dans la pièce puis s’arrêta pour balayer lentement du regard l’assemblée. Les élèves qui dansaient et chantaient joyeusement aux accents de la fanfare s’immobilisèrent brusquement. Le nouveau directeur les salua dignement et, amusé de l’effet qu’il avait produit, fit un signe amical en direction des musiciens pour qu’ils reprennent leur concert un instant interrompu.
Ces derniers entonnèrent aussitôt le « Pompier », l’hymne
traditionnel des écoles des Beaux-arts, repris en chœur par tous les élèves présents ce soir-là.
Les étudiants respectaient Serge Hélias, homme à la haute stature, moustaches à la Souvorov, doté d’une autorité naturelle dont il usait envers eux avec une bienveillance toute paternelle.
Soucieux du devenir de ses étudiants, Serge Hélias œuvra tout
au long de son directorat pour aider et soutenir les élèves les plus démunis, intervenant en sous-main auprès des bailleurs pour celui-là qui avait peine à se loger, obtenant une bourse pour celui-ci ou trouvant le « petit boulot » qui permettrait à cet autre, non éligible aux aides institutionnelles, de financer ses études. Aux élèves en fin de cursus titulaires de leur diplôme, Serge Hélias ouvrait les portes des résidences et des salons artistiques parisiens où il avait ses entrées, leur offrant leur première participation à une exposition d’envergure.
Connaissant cependant les difficultés que les artistes débutants
rencontrent pour vivre de leur art, il usait de ses relations autant qu’il le pouvait pour favoriser leur intégration comme animateurs culturels ou enseignants dans les structures de la ville de Paris, des collectivités territoriales de province ou de l’Éducation nationale.
Nombreux sont les anciens étudiants à qui Serge Hélias mit ainsi « le pied à l’étrier » et qui lui doivent, aujourd’hui, tout ou partie de leur carrière professionnelle.
Les observateurs de l’époque pensaient que Serge Hélias, peintre reconnu au sein de l’École de Paris et professeur de l’École nationale supérieure des Beaux-arts, ne ferait qu’un bref passage dans la capitale auvergnate. Ils se trompaient. Pendant près de vingt ans — et au-delà après sa retraite — Serge Hélias consacra tout son temps, sa force et son énergie au développement et à la promotion de « son » école au détriment de la carrière artistique qui lui était pourtant promise au plan national. […]
Yvon ROUSSEAU
Serge Hélias (1923 – 2007)
Directeur de l’école des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand de 1973 à 1992
« L’Art naît avec le geste, le geste appris et conscient, qui « SAIT » , qui permet au talent d’être.
Savamment spontané, c’est par la vertu de ce geste qu’HELIAS propose, communique, transporte, en un mot qu’il sait matérialiser son AIRE intérieure par l’image. Sa création n’est pas au niveau de l’approche sensuelle des réalités ou des mouvements subconscients, mais à celui de leurs restitutions. Par une expression spécifique, d’autant plus maîtrisée qu’elle est gestuelle, d’autant plus évocatrice qu’elle est talentueuse.
On en a la preuve: l’ART n’a pas abandonné l’ART de peindre. HELIAS manie les gammes, les variances subtiles, les rythmes, les valeurs, les passages fondus, introduit parfois une rupture, prétexte à d’autres gammes, d’autres variances …
Il est un peintre « valoriste », d’un courant existant mais non constitué depuis COROT jusqu’à nos jours; ses gris colorés et l’unité poétique de chaque toile sont le fond de cette incessante recherche, voire inconsciente recherche.
Rien n’est arrêté ou définitif, sinon au fil des jours, l’Amour de Peindre.
Que cette peinture soit informelle ou sous-tendue d’une structure, d’ailleurs vite absorbée par les vibrations des valeurs, qu’elle se feutre, qu’elle exhale poésie ou noire opacité ; transparence on oppression, elle honore le contrat passé avec l’intention, car la main, la brosse, le geste d’HELIAS ont su être l’ART lui-même et conquérir une forme d’unité entre l’Art et la Vie ».
Sylvie SEBILLOTTE