DU 22 FÉVRIER 2001 AU 14 AVRIL 2001
Catalogue de l’exposition
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Catalogue de l’exposition Prix de vente du catalogue : 13€ |
Présentation de l’exposition
Tout art tient de l’enfance, du « Je veux tout de suite ! Ça y est ! Encore! Il était une fois! Oh encore une fois, rien qu’une … » Ou aussi, «Jaune ! Bleu ! Rouge ! Plus haut ! Plus fort ! ».
Avant déjà était la couleur. Toutes les couleurs, endormies entre noir et blanc. Avant le grand combat du jour, avant le foudroiement de la lumière. Un trait qui s’insinue entre le vertige d’oubli qui précède la touche et le vertige de naître du geste qui l’ose.
Dans le silence qui soudaint se met à crisser, irréversible et impétueux s’accomplit l’acte fondateur qui sans retard ni retouche, invente l’irrémédiable de l’écriture, de la peinture et du baiser.
L’art comme la vie, la vraie, n’a jamais lieu qu’une fois. Une seule, à chaque fois. Et toujours il surgit dans les interstices, s’insinue et s’immisce par où on s’y attend le moins. De l’intervalle, où se tapissent les émotions à venir, jaillit un monde toujours renouvelé ; du va-et-vient incessant entre sensibilité et compréhension, émoi et entendement, études et pâmoisons … Entre, toujours! Entre rêves et réalité, désir et plaisir, le trait fractionne l’espace de cet entre-deux. Et l’art comme une blessure s’inscrit en fulgurance dans cet entre-là.
Tout art tient de l’enfance, du «Je veux tout de suite! Ça y est ! Encore! Il était une fois! Oh encore une fois, rien qu’une … » Ou aussi, «Jaune! Bleu! Rouge! Plus haut! Plus fort !».
Car tout cela est pareil: avant il n’y avait rien, après il y a tout, la vie entière, tous les possibles.
Par la rencontre follement fortuite, quoiqu’ardemment désirée, entre un désir, un vœu, un rêve et le mouvement de la main, le tracé de l’œil, le cheminement de la pensée… Sous la main qui se meut et parfois s’émeut, l’univers fructifie, crépite et prolifère.
Avoir la peinture dans la peau, comme une femme! En regardant Brandon, on sent bien que ses cellules sont pleines de couleurs, comme on dit plein de santé, que ses cheveux et sa moustache même, charrient du vert, du jaune, du bleu, du rouge par tous leurs canaux.
Si vivre comme l’affirment les physiciens, c’est occuper le plus d’espace possible, alors Dieu que Brandon est vivant! A croire qu’il a décidé d’étendre la sphère de ses sensations au monde entier, à tout l’espace disponible. Et le reste, il l’invente au fronton de ses toiles. Car de son cadre, l’espace vite s’émancipe, vagabond, comme pour retenir l’écoulement du temps par la magie d’un geste, et, de là, tout accaparer alentour, comme le lait déborde, se sauve et cherche à tout envahir. Immodeste et luxurieux, Brandon subvertit tout l’espace à sa portée, avec une certaine volupté.
Ça tient de l’attachement du lierre, de l’entêtement du chèvrefeuille, de l’obstination des volubilis.
Pétrir, malaxer, triturer, caresser, effleurer, frôler, tâter, gratter, palper, patiner, tamponner, lisser. .. Peindre permet de ne jamais grandir, de ne jamais s’éloigner du bac à sable, des jeux de mains jeux de vilains avec la matière, la bouillasse. Crayons de couleurs, tubes de gouaches, pigments écrasés, broyés, luxueuses éclaboussures … C’est ainsi que la matière frissonne sous les mains du peintre. On y sent d’ailleurs davantage sa patte que les poils du pinceau ou la griffure des brosses. Car la matière bouge encore, elle a gardé l’empreinte de sa main chaude, aimante et sensuelle qui l’a si longuement, si amoureusement pétrie afin de lui faire rendre gorge, gloire, lumière et relief.
Un peintre d’habitude, ça parle à l’œil; les savants parlent même de «plaisir rétinien», ce qui sent un peu trop la pharmacie !
L’incroyable avec Brandon, c’est qu’il a mis son nez dans ses toiles; on sent qu’il a tout humé de près avant de nous envoyer ses gerbes de couleurs au visage ! Et ça se sent, approchez, ça sent encore ! Et pas le térébinthe …
Il y a là comme un frémissement de narines que dilate le désir de sentir plus, de ne pas perdre une once de parfum. Il a mis du son dans ses toiles! Dans le silence de l’atelier, soudain le besoin de faire résonner les couleurs. Pour que l’œuvre muette qu’est le tableau nous parle, il faut que l’artiste y ait projeté son univers sonore, tous les échos de son monde intérieur.
Alors l’émotion se fait chant, cri, prière ou psalmodie et transperce le grain et la matière.
S.CH
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Contact :
Site internet : www.fredericbrandon.com