Opy Zouni

DU 15 NOVEMBRE 2001 AU 12 JANVIER 2002

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Catalogue de l’exposition

catalogue_zouni Catalogue de l’exposition : « Ordo ab chao »
Prix de vente du catalogue : 13€

Présentation de l’exposition

 » Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie  » – Pensée – Blaise PASCAL.

La retenue d’Opy Zouni entre l’émotion et la raison

Je suis rentré dans l’œuvre d’Opy Zouni comme on rentre dans l’espace rationnel d’une architecture ouverte sur des perspectives: aussi bien physiques que sentimentales ou conceptuelles. Celui des vides-pleins dont on a souvent parlé dans l’œuvre d’Opy Zouni représentent en quelque sorte l’âme, le souffle directeur de toute sa vision perceptive. Car, en effet, les architectures d’Opy Zouni ne sont pas des plans d’habitats fonctionnels, elles ne sont pas non plus des limites portantes que des piliers définissent ou l’intrusion de forces rationnelles dans la construction. Non, les œuvres d’Opy Zouni sont une façon à elle de raconter son histoire, de se définir par rapport à son environnement. La vie est dure et au lieu de subir passivement l’espace qui nous entoure, elle a décidé de le construire, d’en définir les lignes de mire, les lignes de vision, la possibilité de projeter son regard dans un espace qui est à la fois clair, limpide et sûr.

J’ai mis du temps à comprendre ce côté protecteur de l’œuvre d’Opy Zouni. La géométrie d’Opy Zouni est une géométrie qui est, en quelque sorte, une géométrie de protection contre les vides-pleins, contre les attaques du monde. Encore une fois, nous vivons un monde dur et Opy est extrêmement sensible à ces attaques virtuelles de l’environnement. Dans son œuvre elle écarte la menace par la clarté et la limpidité de ses structures perspectives. La perspective de Zouni, qu’elle doit autant à la Grèce qu’à l’Egypte, est liée à cette force presque totémique du pilier. D’ailleurs, dans certaines de ses structures récentes figure justement un seul pilier: ce pilier, c’est, en quelque sorte, la force vibrante et exaltante de la vie, de l’énergie cosmique que la vie entraîne avec elle. Cette énergie cosmique c’est une force de sennsibilité, cette force de sensibilité anime justement les vides qu’elle peut créer dans une imagination struccturelle. Et ces vides-pleins, encore une fois que nous offre Opy avec autant de force et de résolution dans la dialectique ombre-lumière et noir et blanc, que dans une exaltation de la couleur – j’ai parlé à propos d’Opy Zouni d’une rencontre entre Mondrian et Matisse – je pense, en effet, que ces deux extrêmes
référentiels correspondent sans doute à l’oscillation pendulaire de sa conscience d’être. Ce qu’il y a de plus important en tous cas c’est la structuration de cette énergie cosmique qui vient combler le vide ; cette énergie cosmique, elle se traduit chez Opy Zouni par une osmose spontanée entre la conscience d’être en soi et pour soi, c’est-à-dire d’être en soi, elle-même, un espace ordonné de la pensée; et, à l’extérieur, une approche rationnelle de sa présence dans le monde. Je pense que pour Opy Zouni ce sens du raisonnable, ce sens du rationnel dans le raisonnable est une chose capitale parce qu’elle conditionne aussi son propre équilibre mental et vital.

L’œuvre, par son côté extrêmement direct, rigoureux, fonctionnel, prospectif ne donne pas l’idée de cette ambiance de combat perpétuel de l’être dans son art et dans sa vie. Et je pense que la grande vérité de l’art d’Opy Zouni réside justement dans cette intuition d’un dosage bien équilibré entre la force de volonté de créer des structures rationnelles et cette sensibilité universelle qui est liée à la grande poussée du paysage cosmique. L’équilibre ontologique d’Opy Zouni réside justement dans le dosage dialectique entre ces deux impulsions fondamentales, ces deux motivations existentielles. La sensibilité d’Opy Zouni est liée donc à ce sens de l’énergie cosmique. Ce sens universel de l’énergie cosmique, Malevitch l’a assumé jusqu’à aller au « Carré blanc sur fond blanc » et à s’arrêter là. Cette énergie cosmique Yves Klein l’a assumée lui aussi, mais lui est allé plus loin, après être passé du bleu au vide, il a su retrouver en lui l’économie existentielle de ses trois couleurs fondamentales qui étaient le bleu le rose et l’or, une variante alchimique des couleurs primaires de Hegel.

Donc, il y a certainement chez Opy Zouni un sens très fort de l’énergie cosmique qui lui fait construire toutes ces structures de protection, qui lui fait user aussi de la couleur en termes spécifiques et différenciés, et surtout qui crée, dans la déontologie de l’artiste, un postulat existentiel, fondamental. Cette énergie cosmique, Opy Zouni sait qu’elle sera le moteur d’animation de sa sensibilité pendant toute sa vie. Mais que, une fois qu’elle sera morte, cette énergie cosmique retournera dans le flux global de l’énergie. Donc elle a, à la fois des droits mais aussi des devoirs vis-à-vis de cette énergie, de cette énergie d’essence constructiviste, qui crée pour elle un univers de protection et de bien-être. Mais si elle a des droits vis-à-vis de l’usage de cette énergie, elle a aussi des devoirs; et ces devoirs ce sont ceux justement qui inspirent la morphologie artistique de l’œuvre: soit l’usage de la couleur, soit l’usage des piliers, des ombres, des lumières sur des colonnes, les perspectives, tout ce côté infiniment rationnel a aussi une référence directement morale. On ne se sert pas de l’énergie cosmique qui anime notre propre sensibilité comme si c’était un fait acquis dont nous sommes totalement propriétaires. Non, de cette sensiibilité née de l’énergie cosmique nous ne sommes que locataires et ce sentiment d’être locataire de l’énergie nous inspire un langage structurel, nous impose une sorte de retenue. Et, dans le fond, ce qui apparaît comme un langage de spontanéité rationnelle dans l’œuvre de Opy Zouni, est en fait l’expression d’une retenue morale. C’est-à-dire que l’artiste doit se servir de cette énergie pour créer un climat de sensibilité qui soit ordonné, du point de vue humain, dans un sens calme, apaisant, protecteur pour l’artiste et qui en même temps met le spectateur totalement à l’aise.

Et en réfléchissant sur l’œuvre de Opy Zouni, je me rends compte, en effet, que ce sentiment de commmunication aisée, d’osmose perceptive entre une donnée structurelle extrêmement précis et un climat de sensibilité universelle vraiment libre et épanouie, rend l’œuvre de Opy Zouni extrêmement proche du public. De ce besoin d’ordre dans le calme qui est, finalement, un atout majeur pour ceux qui considèrent le fait visuel comme un achèvement en soi et non comme une porte ouverte à toutes les aléatoires distances. Cette richesse émotionnelle, qui se cache ou se transmet à travers le vide des structures, me semble être la dimension existentielle la plus émouvante, la plus fascinante et, sans doute, la plus vraie chez l’artiste. Ce qu’il y a aussi à mettre certainement à son crédit, c’est sa retenue, dont je parlais tout à l’heure. Cette retenue ne nous inflige pas une donnée géométrique répétitive et qui pourrait être pesante pour nous-mêmes,ou nous entraîner dans la sorte de routine de l’habitude. Mais justement, c’est encore une fois ce caractère émotionnel qui joue aussi bien sur la couleur que sur la donnée structurelle et que nous ressentons finalement comme un climat de liberté sans doute durement conquis, sans doute durement produit et fabriiqué tout autant que réfléchi, mais qui nous donne la possibilité de nous sentir vivre, et peut mieux un peu plus profondément, un peu plus librement. Et nous finissons nous-mêmes par nous identifier à ces structures de protection à en être envoutés et à en savourer à la fois la vérité existentielle et le charme profond.

Septembre 2001 – Pierre Restany

Quelques oeuvres (cliquez sur les vignettes pour les agrandir)

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