Bernard Foucher

DU 05 FÉVRIER 2010 AU 27 MARS 2010

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Catalogue de l’exposition

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Prix de vente du catalogue : 15€

Présentation de l’exposition

« Les cachettes sont innombrables, la délivrance, unique ; en revanche, il y a autant de possibilités de délivrances que de cachettes. » F.Kafka (Aphorisme 26)

L’œuvre de Bernard Foucher réserve beaucoup de ces cachettes-là.

Elles se disséminent entre ses sculptures et ses tableaux, entre ses vitraux et ses livres d’art : elles ont en commun le goût de la halte et celui de l’élancement, un jeu de la lumière éparse et unanime qui donne hospitalité à tout ce qu’elle traverse.

Cachettes, délivrances, voyage : l’artiste invite au voyage à travers une forêt de symboles, de soupirs et de silences. Une géographie de l’intérieur s’y découvre, renversant les frontières de la topographie naturelle et laissant le corps du spectateur se mesurer au foisonnement du créé à la faveur du songe : il y a bien des lieux de cette œuvre où le regard escalade la mer et se baigne dans les hauteurs d’une montagne aux contours suggérés par le seul réseau de quelques lignes de vitrail au rayonnement interminable.

Restituer la profondeur du corps contre tous les dualismes qui font violence à l’expérience de la peinture et de l’Incarnation participe aussi du style de Foucher : il ne subsiste rien que la trace d’un geste corporel pour accéder à l’amitié des formes et du sens, à la consonance ultime de la pensée et de la chair. Il suffit de laisser advenir l’heure de la sensation juste avec la voix qui l’élève et l’avive pour qu’une œuvre respire du chant d’une écriture nouvelle. Il suffit de voir comment l’artiste peut changer des branches ou des formes presque géométriques en évocations de corps pour deviner la portée d’une telle métamorphose. Inutile de répéter une leçon d’anatomie, le corps peut naître d’une légère dissymétrie de la branche :
branche-femme, branche-visage, branche-oiseau, branche-bras, branches toutes de perspective. Mille passages symboliques sont possibles pour réconcilier le dehors du monde et de la matière à la lumière d’un dedans.

Cachettes, délivrance, lumière.
Toile violette, par exemple :

rien de plus simple et de plus quotidien que sa charpente graphique, celle d’un ticket de métro avec, au centre, un fuseau de lumière orangée qui monte déchirer un épais rideau de ténèbres violacées. Il sépare la toile en deux pour mieux la suspendre au seul trajet de son éclaircie : nous voici sommés de consentir à l’illumination de l’être, à souscrire à son ascension impérieuse et sage.

Il y a de l’abstraction lyrique et de l’expressionnisme dans ce ciel où quelques pointes de cobalt luttent avec le bleu nuit sur un fond de violet presque noir.

Si la paix l’emporte dans l’ensemble de ces œuvres, elle n’a rien d’un quiétisme qui abolit dans une même paresse, l’art, le divin et le désir de l’homme. Bernard Foucher ne jette pas un voile pudibond sur les blessures du visible et de l’histoire, mais il les désigne sans s’y appesantir, toute lubie de pathos sapée par la merveille de la parole : des lignes brisées qui se calent sur des plages bleues ou des ciels sanguins, des branches qui apprennent la douceur à l’inox, un ermitage de laiton en dialogue avec la rousseur du bois.

Saisi au cœur par le silence, l’artiste sait le dilater et l’étoffer de formes et de matière sans en laisser perdre le rayonnement abondant et paisible.

Il s’agit d’un art du labyrinthe et du murmure, un art qui n’a pas à hausser le ton pour faire entendre le timbre des couleurs : il suffit d’une tache de bleu ou de vert pour endimancher un régiment d’anthracite, d’un filet blanc paille pour soulager les ombres de grands pans d’obscurité que l’on aurait cru interminables.

Mais il s’agit davantage encore d’un art de l’épiphanie, d’un art de la présence où les moindres choses font mémoire d’une résistance de la lumière à tout ce qui s’effrite et pourrit. Les stèles, solfège de marbre et de bois, ouvrent ainsi à la gravité splendide de l’immuable à travers une adhésion joyeuse à l’humilité de l’éphémère. Le jeu des formes et de la matière laisse émerger de son propre mouvement la belle panoplie du silence.

Panoplie : non un leurre, mais la panoplie comme un jouet d’enfant que l’on tourne en tous sens pour en ajuster les parties, la reconstruire et s’en vêtir.

Oui, ce silence dénoue, déplie, repasse l’âme en la rhabillant de lumière

Enfin, il y a le motif de l’écorce et de ses ramifications innombrables habiles à relier l’infime et le gigantesque, la surface et le relief, le presque figuratif au presque géométrique. Une architecture discrète sous-tend toutes ses œuvres et leur permet de manifester toujours plus de cohésion entre les différents affects qui les parcourent. Comme si les lignes n’étaient brisées que pour rompre la monotonie du monde et l’ouvrir à une puissance plus grande d’engendrement par la lumière. Regardons ces lignes, suivons-les : elles s’entrelacent, sinuent à la volée, farouches et soudain solitaires, puis elles se retrouvent là où on ne le soupçonnait plus, recomposant l’espace dans la célébration d’un temps pur et gratuit : « le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui ».

Claude Tuduri

Quelques oeuvres (cliquez sur les vignettes pour les agrandir)

Bernard Foucher